Début de prologue
Sainghin en Weppes août 1914
La chaumière était éveillée depuis plus d’une heure. Les chevaux, sortis pour la préparation aux travaux quotidiens, attendaient d’être attelés au beignot. Tout le monde s’apprêtait à partir aux champs pour dresser les gerbes, il fallait que le blé puisse continuer de mûrir.
Les affaires publiques ne s’annonçaient pas brillantes. L’assassinat du prince hongrois, François Ferdinand, et de son épouse avait déclenché des réactions en chaîne et la France menacée par sa voisine, l’Allemagne, celle-ci ayant envahi la Belgique. Les rumeurs affirmaient que les Allemands fusillaient des civils et détruisaient des maisons en Wallonie.
En ce mois d’août 1914, le père Gransart, soucieux de ne pas laisser ses cultures sur pied, avait avancé ses récoltes, et ce matin, après le fauchage des jours précédents, on devait se presser de terminer les gerbes. Il ne voulait pas que les envahisseurs saisissent le blé et préférait le donner à la population et à l’armée.
Il envisageait aussi d’envoyer ses enfants chez les Bonnel, des amis de longue date qui habitaient Lille. Même si les Allemands y pénétraient, les enfants seraient beaucoup plus en sécurité à la ville qu’en pleine campagne, que les armées ennemies risquaient de traverser.
Ça y est, la guerre était déclarée depuis presque deux mois ! Les Allemands avaient enfoncé les lignes françaises et, après des combats acharnés, étaient entrés dans Lille, par la porte de Douai.
François Gransart n’avait pas compris ce qu’avait voulu faire le gouvernement en déclarant Lille ville ouverte à la veille de la mobilisation générale. C’était sans compter sur le général Foch qui décida de défendre la ville.
Les uhlans trottaient partout dans Lille, hissés sur leurs chevaux et coiffés de leur casque à pointe.
Les enfants Gransart étaient hébergés dans une maison située à l’intersection des rues Charles Quint et des stations et appartenant à la famille Bonnel, cabaretiers de leur état. …
Prologue page 15
— Madame Bonnel, nous allons faire un tour, Désirée et moi, jusqu’à la rue Gambetta. Nous revenons tout de suite, nous ne faisons que l’aller et le retour.
— Tu sais François, c’est bien parce que tu as presque dix‑huit ans, mais ne va pas te faire prendre par les Allemands. Ils sont mauvais, et ils cherchent des jeunes hommes pour les faire travailler pour eux.
— J’ai pas encore dix-huit ans, madame Bonnel, à peine dix sept et demi, mais promis, je serai prudent.
— J’espère bien, surtout que tu sors avec Désirée, j’aime pas beaucoup ça, tu sais.
— Ne vous inquiétez pas, madame Bonnel, je vous l’ai dit, je serai prudent.
Ils sortirent du café, longèrent la maison sur l’étroit trottoir, et remontèrent la rue Charles Quint. Désirée, silencieuse, suivait son frère, pas trop rassurée mais curieuse. Ils arrivèrent à l’angle de la rue. Aucun Allemand en vue, c’était bon signe. Il traversa la rue Gambetta, suivi du pas timide de Désirée. Il s’engagea dans la rue du marché.
À quelques pas de là, deux beaux chevaux étaient attachés à l’anneau d’une façade. La tentation était trop forte. François, après avoir jeté un coup d’œil à gauche et à droite, ne vit aucun Allemand à proximité. Il sortit un couteau, cadeau de son père pour son dernier anniversaire et, s’approchant des montures, glissa la lame sous la sangle ventrale du premier cheval et entailla fortement le cuir. Puis il aborda le second.
À ce moment précis, la porte de la maison d’en face s’ouvrit et deux uhlans, dont l’un finissait de boutonner sa veste, sortirent. L’un d’eux aperçut François entre les chevaux.
— Und du da, was machst du neben meinem Pferd ?¹
Puis se tournant vers l’autre militaire :
— Sieh mal, sie wollten unsere Pferde stehlen, wir müssen sie fangen, sie sind Diebe !²
Désirée, sans demander son reste, avait fait demi-tour et traversait déjà en courant la rue Gambetta en direction de la maison.
François était prestement passé sous l’encolure du premier cheval et s’était également mis à détaler. Il rattrapa sa sœur au début de la rue Charles Quint.
— C’est malin, François, tu avais promis d’être sérieux, dit Désirée entre deux souffles.
1 – Eh toi là, qu’est-ce que tu fais à coté de mon cheval ?
2 – Regarde, ils ont voulu voler nos chevaux, il faut les attraper, ce sont des voleurs !
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Chapitre 1 page 23
Domaine des Eaux vives
Premier mars 2003
Ce matin vers sept heures trente, le temps était frais, et un léger givre recouvrait partiellement la terre. Le soleil venait de se lever et commençait son cycle journalier. Il enflammait l’horizon de ses larges traînées orange et or, apportant un effet mystérieux et magique au relief qu’il accrochait de ses doigts colorés.
Entre ciel et terre, une brume bleue et argent accentuait l’effet fantasmagorique du paysage, modifiant le relief au fur et à mesure de l’apparition du soleil dans le ciel. La terre était belle, calme et sereine, et accueillait le travail de Gérard.
Accrochée derrière son tracteur, la herse affinait la terre et traçait des sillons sombres sur un sol blanchi par le givre matinal. Une nuée d’oiseaux de toutes sortes le suivait, plongeait vers le sol et espérait cueillir, ça et là, la faune microscopique que la herse faisait remonter. Gérard préparait le terrain pour les semailles prochaines.
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Un commentaire
Carrette
mardi 15 novembre 2022 à 18h27 · Modifier
Bonjour! Je terminé à l’instant votre roman « la terre de mes ancêtres »
Merci. Merci de m’avoir fait partager la vie de la ferme des eaux vives.
Votre roman fait parti de ceux qui posent la délicate question de savoir si, « tant pis je le dévore »et « oui mais j’arrive trop vite a la fin ». On a envie de profiter de chaque mots, alors on relit parfois des phrases, ou des chapitres. Alors, merci. J’espère, au détour de nos rencontres, pouvoir acheter le premier opus et bien sûr la suite, Mathis m’intrigue…bon week end à vous. Un lecteur devenu fidèle.
⭐⭐⭐⭐⭐
