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Camille se redressa, et toute à son attention de se tenir debout, ne lui répondit pas.
— Camille, réitéra Sonia, tu as entendu ? Tu m’appelles. D’accord ?
— Oui. Promis, répondit Camille en esquissant un petit sourire réprimé par la souffrance, je t’appelle.
Doucement, à petits pas, sous le regard réprobateur de Sonia, elle se dirigea vers la véranda où avait été installée la coquille en osier dont elle ne s’était jamais séparée. Arrivée près de sa balancelle, Camille s’y installa avec beaucoup de difficulté, puis, calée entres ses coussins moelleux, laissa ses pensées vagabonder.
Elle revécut le drame subi il y avait maintenant trois ans, songea à Christine, son amie d’enfance perdue de vue depuis plusieurs années et rencontrée tout à fait par hasard au musée du jouet de Wambrechies. Mais était-ce vraiment un hasard ? Pour Camille, le hasard n’existait pas. Christine l’avait plus qu’aidée dans cette période tourmentée, elle avait sauvé son fils et son époux.
Sa pensée survola le souvenir de son frère, Barthélémy, et sa réflexion revint à l’annonce faite par monsieur Kessmann en mars de cette année, la désignant comme son associée, et, heureuse, à la soirée sensuelle passée entre les bras de Fabrice, peu de temps avant l’inauguration de l’agence. Cela avait été un moment particulièrement extraordinaire, et elle portait maintenant le fruit de cette soirée d’amour intense.
Le souvenir de Mamoune, sa tante de Belgique qu’elle adulait, parvint à la faire sourire. Elle adorait sa tante de Poperinge, épouse de son oncle trop tôt disparu, qui l’avait également aidée et accueillie, comme Christine, à cette époque difficile.
Sa préoccupation se porta vers son fils Mathis, son petit ange, et vers son étrange aptitude dont elle ne parvenait pas à déterminer si cela était un bienfait ou bien une calamité. L’inquiétude commençait peu à peu à s’emparer d’elle.
Camille eut un brusque vertige. Une sensation bizarre s’empara de son ventre et monta jusqu’à envahir sa poitrine. Elle s’angoissa, et paniqua complètement quand un bourdonnement croissant, soudain, lui emplit les oreilles. Ses yeux se fermèrent malgré elle. Camille défaillit. Une désagréable sensation de chaleur humide descendit le long de ses jambes. Elle perdait les eaux.
Elle tenta de faire un mouvement pour se lever de son siège, mais n’y parvint pas. Voulant appeler Sonia, ses mots ne franchirent pas ses lèvres. Toutes ses pensées allèrent alors vers son fils Mathis. Mais que deviendra-t-il si je ne suis plus là ? Esquissant un geste de la main, elle se sentit chavirer dans une semi-conscience. Ses muscles la lâchèrent brutalement et Camille bascula doucement sur elle-même pendant que son âme, inexorablement, s’enfonçait dans les profondeurs inextricables de son esprit.
C’est dans cette attitude de petite mort que Sonia, quelques minutes plus tard, découvrit son amie.
