Ian Liteman • Extrait

LA CABANE


     Et, dans un déluge de feu, ils s’en allèrent vers leurs destinées.

     En tapant sur le clavier de mon ordinateur les derniers mots de mon livre, je riais. J’avais beaucoup aimé écrire ce roman. J’absorbais avec avidité les idées qui me venaient et coulaient sur moi comme de l’eau sur un rocher poreux. J’étais heureux comme un gamin.
     Mon nom est Ian, Ian Liteman, cela veut dire petit homme en suédois. C’est vrai, je le jure, je ne l’ai pas inventé. Je suis d’origine suédoise. Mes grands‑parents, nés en Suède, sont à l’origine de la branche française de la famille. Ils avaient une trentaine d’années quand ils sont venus passer quelques jours chez des amis qui s’étaient installés dans le nord de la France, et ils n’en sont plus repartis. Ils ont tout revendu en Suède et se sont installés en pleine campagne de Weppes avec armes et bagages, et leurs enfants.
     Je suis un auteur avec une petite notoriété et j’écris des romans fantastiques sombres et très durs. Je suis de taille un peu au dessus de la moyenne, ni gros ni maigre, j’ai les yeux bleu, je porte des lunettes, et je suis amateur de musique. Je lis toujours le soir avant de me coucher, c’est mon instant détente. Et quand on ose me demander mon âge, je réponds toujours que j’ai quarante-cinq ans.

     M’étirant comme un chat, je laisse échapper une plainte de bonheur. Maintenant, il ne suffit pas d’avoir écrit, il me faut relire entièrement le livre pour réécrire et effectuer une première rectification orthographique avant de remettre le texte à ma fidèle correctrice, Clem. Je l’ai rencontrée à l’occasion d’une séance de dédicace, dans une ville voisine. Nous avons beaucoup échangé, sur la littérature en général, puis sur le livre qu’elle venait d’acquérir. Le courant est passé tout de suite, nous avons échangé nos cartes, au cas où… Je repense souvent à ce moment qui a changé ma façon de travailler.
     M’extirpant de mon fauteuil baquet que j’ai voulu confortable – je peux rester plusieurs heures sans le quitter – je fais quelques pas dans mon bureau et je regarde par la fenêtre. Dehors le soleil brille, il fait beau. Je jette rapidement un coup d’œil à la pendule, il est seize heures. Je décide d’aller faire quelques pas dehors, histoire de m’aérer. On a beau dire, prendre l’air permet de s’oxygéner et aux idées de se renouveler. Je descends les escaliers tranquillement et je cherche Marie-Ange. Marie-Ange, c’est mon épouse. Elle est dans la cuisine et commence à préparer le repas du soir.
     — Coucou, j’ai envie d’aller faire un tour, histoire de m’aérer les neurones. Ça y est, je viens de mettre le point final à mon roman.
     — À cette époque-ci, il fait noir tôt. Ne reste pas trop longtemps dehors, et couvre-toi bien : il y a encore du soleil, mais la température est proche de zéro. Nous sommes quand même le dix-huit décembre. Tu restes des heures entières dans ton bureau quand tu pourrais sortir, et tu sors quand tu devrais rentrer. Tu ne fais rien comme tout le monde.
     Puis s’approchant de son mari, elle lui pose un léger baiser sur les lèvres et ajoute dans un murmure :

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